Facture électronique : les quatorze statuts du cycle de vie, dont quatre obligatoires, et le refus définitif

Depuis le 1er septembre 2026, votre entreprise doit pouvoir recevoir une facture électronique, quelle que soit sa taille. Beaucoup l'ont fait. Et depuis, la boîte reçoit, classe, et attend.

C'est le retour qui revient le plus dans nos échanges de la semaine, et il ne signale aucune panne. Le raccordement fonctionne exactement comme prévu. Ce qui manque est ailleurs : la réforme n'a pas seulement changé le tuyau par lequel arrivent vos factures, elle a créé des gestes que quelqu'un, chez vous, doit désormais poser. Certains sont irréversibles.

Voici lesquels, d'où ils viennent, et lequel mérite votre attention avant tous les autres.

Le cycle de vie, en une phrase

Une facture électronique n'est pas un fichier qui arrive et s'arrête là. Elle porte un état, qui change à mesure qu'elle avance, et que chaque acteur du circuit peut lire. La documentation officielle appelle cela le cycle de vie, et les états s'appellent des statuts.

Le dossier de spécifications externes publié par l'administration, dans sa version générale 3.2 du 30 avril 2026, en donne la liste complète et le régime de chacun. C'est un document technique de plusieurs centaines de pages, écrit pour les éditeurs de logiciels. Sa lecture n'est pas votre travail. Mais deux de ses tableaux décident de choses très concrètes dans votre entreprise, et personne ne vous les a traduits.

Le premier tient en une observation : le cycle de vie compte quatorze statuts, et quatre seulement sont obligatoires.

Les quatre obligatoires sont « Déposée » (la facture est entrée dans le circuit et a passé les contrôles de la plateforme de votre fournisseur), « Refusée », « Encaissée » et « Rejetée ». Les dix autres, dont ceux qui servent à discuter, sont facultatifs.

Cette asymétrie explique presque tout ce qui suit.

« Refusée » : un geste définitif, et ce qu'il déclenche chez l'autre

Le statut « Refusée » signifie, selon la définition officielle, que le destinataire refuse la facture dans son intégralité. La foire aux questions de la direction générale des finances publiques, dans sa version du 1er septembre 2026, est explicite sur ce que cela implique pour vous : le refus doit être motivé, il se fait directement sur l'interface de votre plateforme, votre fournisseur en est informé, et cette action est définitive.

Il n'y a pas de retour en arrière. Pas de corbeille, pas de bouton d'annulation, pas d'appel au support qui rattrape le clic.

Et l'effet ne s'arrête pas chez vous. Les spécifications l'écrivent noir sur blanc : dans les cas des statuts « Refusée » ou « Rejetée », le fournisseur doit procéder à une annulation comptable, sous forme d'avoir interne. Autrement dit, un refus posé par erreur ne produit pas un simple message d'humeur : il crée une écriture comptable chez quelqu'un d'autre, et un appel téléphonique gênant le lendemain.

Le guide pratique de l'administration encadre d'ailleurs son usage. Le refus est prévu pour une non-conformité, une facture qui ne vous est pas destinée, ou des conditions contractuelles qui empêchent le traitement. Il n'est pas l'outil du désaccord commercial.

Ce qu'il faut utiliser à la place, et pourquoi ce n'est pas garanti

Pour un désaccord, la réforme prévoit autre chose. La foire aux questions annonce que « des statuts provisoires permettant d'informer le fournisseur du litige seront mis à disposition » lorsque la facture ne correspond pas au devis, à la commande, à la livraison, ou comporte une erreur.

Dans le tableau des spécifications, ces statuts portent des noms précis. « Approuvée partiellement », quand vous n'acceptez qu'une partie de la facture. « En litige », quand vous êtes en désaccord avec tout ou partie. « Suspendue », quand vous attendez une pièce justificative avant de traiter. Et « Complétée », que votre fournisseur pose quand il vous l'a envoyée.

Lisez maintenant la colonne du caractère : ces quatre statuts sont facultatifs. Ils ne sont pas transmis à l'administration fiscale, et rien n'oblige une plateforme à les proposer.

C'est la question la plus utile que vous puissiez poser cette semaine, et elle tient en une ligne : ma plateforme me permet-elle de poser « En litige » et « Suspendue », ou seulement d'approuver et de refuser ?

Si la réponse est « seulement approuver ou refuser », vous venez d'apprendre quelque chose d'important sur l'outil que vous avez choisi. Sur une facture contestée, il ne vous laisse que le geste irréversible.

« Rejetée » n'est pas « Refusée », et la confusion coûtera cher cet automne

Ces deux mots se ressemblent, désignent deux choses différentes, et vont être employés l'un pour l'autre pendant des mois.

Refusée, c'est vous. Une personne dans votre entreprise a décidé.

Rejetée, c'est la machine. Un contrôle réalisé par la plateforme, à l'émission ou à la réception, a détecté une anomalie sur la facture : une donnée manquante, un format non conforme, un SIREN introuvable dans l'annuaire. Personne n'a rien décidé, et l'anomalie est technique.

La conséquence comptable est la même, l'avoir interne du fournisseur. La conversation à avoir, elle, n'a rien à voir. Devant un rejet, on corrige une donnée. Devant un refus, on discute d'un contrat.

« Encaissée » : celui-là est une obligation fiscale, et il est pour vous quand vous vendez

Les trois statuts précédents concernent la facture que vous recevez. Le quatrième vous concerne quand vous émettez, et c'est le seul qui porte une obligation fiscale directe.

Le statut « Encaissée » est le véhicule des données de paiement. La foire aux questions officielle le dit sans ambiguïté : lorsque l'opération a fait l'objet d'une facture électronique, les données de paiement sont transmises par le complètement d'un statut « Encaissée » rattaché à la facture, en renseignant la date d'encaissement et le montant réparti par taux de TVA. Les spécifications le rattachent aux conditions de l'article 290 A du code général des impôts.

Qui doit le faire : le fournisseur, c'est-à-dire l'émetteur de la facture. Pas votre client.

Quand cela s'applique : uniquement pour les opérations dont la TVA est exigible à l'encaissement. En clair, les prestations de services et les acomptes. Si votre entreprise a opté pour le paiement de la TVA sur les débits, ou si l'opération est autoliquidée par le preneur, la transmission ne vous est pas demandée.

À quel rythme : selon votre régime d'imposition à la TVA. Un franchisé en base transmet tous les deux mois civils, une entreprise au réel normal mensuel transmet tous les mois.

Si vous facturez des prestations de services et que vous n'avez pas opté pour les débits, retenez cette phrase : encaisser un règlement ne suffit plus, il faut le dire. C'est une tâche récurrente, mensuelle ou bimestrielle, qui n'existait pas dans votre entreprise il y a six semaines.

Les quatre statuts obligatoires, et qui les pose

Touchez chaque statut pour voir ce qu'il déclenche.

La facture est entrée dans le circuit et la plateforme d'émission atteste qu'elle est contrôlée et conforme. Vous n'avez rien à faire : c'est le point de départ du compteur. Les spécifications donnent aux plateformes vingt-quatre heures à partir de ce statut pour transmettre les données réglementaires au portail public de facturation.

Vous refusez la facture dans son intégralité, avec un motif, depuis l'interface de votre plateforme. Votre fournisseur en est informé et doit procéder à une annulation comptable sous forme d'avoir interne. Aucun retour en arrière n'est prévu. Réservé à une non-conformité, une facture qui ne vous est pas destinée ou une impossibilité contractuelle de traiter : pas au désaccord commercial, pour lequel les statuts « En litige » et « Suspendue » existent, mais restent facultatifs.

Le seul statut qui porte une obligation fiscale directe. Le fournisseur informe avoir perçu un paiement partiel ou total, en renseignant la date d'encaissement et le montant réparti par taux de TVA. Il ne concerne que les opérations dont la TVA est exigible à l'encaissement, donc les prestations de services et les acomptes, et pas celles pour lesquelles vous avez opté pour les débits ni les opérations autoliquidées. La fréquence suit votre régime d'imposition à la TVA.

Un contrôle réalisé par une plateforme, à l'émission ou à la réception, a détecté une anomalie sur la facture. Personne n'a rien décidé. La conséquence comptable est la même que pour un refus, l'avoir interne du fournisseur, mais la correction est technique : une donnée manquante, un format non conforme, un SIREN absent de l'annuaire. Ne traitez jamais un rejet comme un refus.

Les quatre mentions que vos factures doivent porter depuis le 1er septembre

Puisque vous émettez aussi, un point qui passe souvent inaperçu. Le décret n° 2022-1299 du 7 octobre 2022 a modifié l'article 242 nonies A de l'annexe II au code général des impôts pour rendre quatre nouvelles mentions obligatoires à compter du 1er septembre 2026 :

  • le SIREN du client,
  • la catégorie de l'opération : livraison de biens, prestation de services, ou les deux lorsqu'elles sont indépendantes l'une de l'autre,
  • l'option de paiement de la TVA sur les débits, le cas échéant,
  • l'adresse de livraison des biens si elle diffère de l'adresse de facturation, le cas échéant.

Le reste des mentions obligatoires du code de commerce et du code général des impôts ne change pas. Et le socle de données transmises à l'administration s'élargit progressivement : vingt-six données obligatoires en 2026, trente-cinq à partir du 1er septembre 2027.

Pourquoi ces gestes n'ont, chez vous, aucun propriétaire

Regardez la nature de ce qui précède. Refuser ou contester une facture demande de connaître le chantier et l'accord commercial : c'est le dirigeant, ou le conducteur de travaux. Poser un statut « Encaissée » demande de savoir ce qui est tombé sur le compte : c'est la comptabilité. Vérifier qu'une facture émise porte le SIREN du client : c'est le logiciel, ou la personne qui saisit.

Aucune de ces tâches ne dure plus de deux minutes. Aucune ne justifie une embauche. Et aucune n'a été attribuée, parce qu'elles sont nées le 1er septembre et que personne n'a tenu la réunion qui les distribue.

Une tâche sans propriétaire n'est ni difficile ni longue. Elle est simplement à personne. Elle devient visible le jour où un fournisseur rappelle pour une facture bloquée depuis trois semaines, ou le jour où un refus posé à la va-vite oblige quelqu'un à faire un avoir.

Le test tient en une question, et il ne coûte rien. Nommez la personne qui ouvrira votre boîte de réception de factures demain matin, prénom compris. Si vous hésitez plus de deux secondes, la tâche est à personne.

Ce qui se prépare, et ce qui ne se délègue pas

Une partie de ce travail se prépare. Trier les factures arrivées dans la nuit, les rapprocher d'un chantier ou d'une commande, signaler celles dont le montant ne correspond pas, rédiger le motif d'un refus ou d'une mise en litige et le laisser en brouillon : tout cela peut être fait à l'avance, par une personne ou par un outil, et fait gagner du temps réel.

Le geste lui-même, non. Refuser est définitif et engage votre relation avec un fournisseur. Déclarer un encaissement est une transmission à l'administration fiscale faite en votre nom. Ces deux-là restent des décisions humaines, et c'est très bien ainsi.

C'est la règle que nous appliquons à tout ce que nous installons : ce qui prépare peut être automatisé, ce qui engage ne l'est jamais.

Par où commencer, cette semaine

Trois choses, dans l'ordre, et vous en avez pour une heure.

  1. Ouvrez l'interface de votre plateforme et regardez ce qu'elle vous propose devant une facture reçue. Notez si « En litige » et « Suspendue » existent. Si vous ne trouvez pas, écrivez à votre plateforme et gardez la réponse.
  2. Écrivez le nom d'une personne en face de trois gestes : qui ouvre la boîte, qui a le droit de refuser, qui pose les encaissements si vous facturez des services. Une ligne dans un carnet suffit, à condition qu'elle existe.
  3. Vérifiez une facture que vous avez émise en septembre, et cherchez-y le SIREN de votre client et la catégorie de l'opération. Si elles manquent, le sujet est chez votre éditeur, pas chez vous, mais c'est à vous d'appeler.

Pour le reste du dispositif, nous avons détaillé ce que fait vraiment le portail public de facturation, ce qu'un client ne peut pas vous imposer, et ce que vous risquez si vous n'êtes pas encore raccordé.

Si vous voulez que quelqu'un regarde votre boîte de réception avec vous et vous dise en vingt minutes ce qui doit être attribué, appelez-nous. Jennifer, cofondatrice, prend le premier appel. S'il n'y a rien à faire chez vous, nous vous le dirons aussi.