
Si vous êtes arrivé ici en cherchant le site public sur lequel faire vos factures électroniques, la réponse tient en une phrase : ce site n'existe pas, et l'État a renoncé à le construire.
Le portail public de facturation, le PPF, a pourtant été conçu pour cela. Une offre publique gratuite, ouverte à toutes les entreprises, qui aurait permis d'émettre et de recevoir ses factures sans passer par un prestataire privé. L'État y a renoncé le 15 octobre 2024. Beaucoup de dirigeants l'ignorent encore et cherchent aujourd'hui un guichet abandonné avant d'avoir ouvert.
Le PPF n'a pas disparu pour autant. Il a changé de métier. Voici lequel, ce qu'il voit de votre activité, et ce qu'il vous reste à vérifier.
Une décision datée, et un texte qui l'a suivie
Le 15 octobre 2024, le ministère de l'économie publie un communiqué qui annonce le repli : « le projet sera poursuivi en privilégiant la construction d'un annuaire des destinataires, indispensable aux échanges entre les plateformes, et d'un concentrateur des données permettant leur transmission à l'administration fiscale ». Motif invoqué : tenir le calendrier et respecter les moyens budgétaires définis.
Le Gouvernement l'a dit plus franchement depuis, en répondant à des parlementaires. Réponse publiée au Journal officiel de l'Assemblée nationale le 3 juin 2025 : le dispositif d'origine « s'appuyait à la fois sur un portail public de facturation (PPF) gratuit mais offrant un service minimum, et des opérateurs privés ». Puis, sans détour : « Le 15 octobre 2024, l'État [...] a fait le choix de ne pas construire de PPF. » Le motif budgétaire est assumé dans la même réponse, les développements nécessaires étant jugés « financièrement peu soutenables dans un contexte budgétaire particulièrement contraint ».
Deux ans plus tard, la formule s'est durcie. En séance publique au Sénat le 7 juillet 2026, réponse publiée au Journal officiel du 8 juillet, le ministre délégué chargé de l'industrie ne parle plus de recentrage : « Depuis le 15 octobre 2024, il a été décidé de ne pas créer de portail public de la facturation. Les entreprises choisiront donc l'une des plateformes immatriculées par l'État pour échanger leurs factures et transmettre les données nécessaires à l'administration fiscale. »
Reste la question que tout le monde se pose ensuite : faut-il donc payer ? L'État ne renvoie pas les plus petites vers une dépense obligatoire, et il l'écrit dans la même réponse : « Les plus petites pourront accéder à des outils simples, parfois gratuits ou à faible coût, notamment au travers de logiciels de gestion ou d'offres bancaires pour les professionnels. » Le guichet public gratuit n'existe pas. Gratuit ne veut pas dire impossible pour autant, et cela se cherche d'abord du côté des outils que vous payez déjà.
Le droit a suivi. L'article 289 bis du code général des impôts, dans sa version en vigueur depuis le 21 février 2026, issue de l'article 123 de la loi de finances pour 2026, ne laisse plus aucune option : « L'émission, la transmission et la réception des factures électroniques s'effectuent en recourant à une plateforme agréée. » Dans sa rédaction d'origine de 2021, la même phrase offrait un choix, « au choix des intéressés », entre le portail public et une autre plateforme. La mention du portail a été retirée du texte. Ce n'est pas un usage qui s'est perdu, c'est la loi qui a changé.
Une réserve, parce qu'elle circule partout. On lit souvent que ce recentrage aurait été entériné par la loi de finances pour 2025, et l'agence de l'État qui construit ces outils l'écrit elle-même. Nous ne l'avons pas retrouvé dans l'historique de l'article 289 bis, où la réécriture date de la loi de finances pour 2026. Nous le signalons plutôt que de le recopier.
Ce que le PPF fait aujourd'hui, sans vous et sans vos factures
Il reste deux fonctions, et vos factures ne passent par aucune des deux.
L'annuaire central sert à savoir où livrer une facture. Il est mis à disposition des plateformes, par l'État, pour qu'elles trouvent l'adresse de réception de votre client. Le concentrateur, lui, collecte les données que les plateformes extraient des factures, et les transmet à l'administration fiscale.
Retenez ceci, car c'est le point que presque personne ne dit : la facture elle-même ne transite jamais par le portail public. Elle va de la plateforme de votre fournisseur à la vôtre, directement. Seules des données remontent au PPF. Sur impots.gouv.fr, la page principale destinée aux entreprises ne le mentionne d'ailleurs plus du tout. Il ne subsiste que dans la documentation technique destinée aux éditeurs, sous deux services, l'annuaire et la déclaration, et dans les critères d'immatriculation imposés aux plateformes, qui doivent démontrer leur interopérabilité avec lui.
PPF, plateforme agréée, Chorus Pro : trois objets, trois métiers
C'est la confusion la plus coûteuse du dossier. Prenons les trois séparément.
La plateforme agréée est votre prestataire, et le seul chemin légal pour vos factures. La page officielle la définit comme « un opérateur de dématérialisation qui a fait l'objet d'une procédure d'immatriculation par l'administration, pour une durée de trois ans renouvelable ». C'est elle qui émet, transmet et reçoit. Si vous croisez encore le sigle PDP, plateforme de dématérialisation partenaire, c'est le même objet sous son ancien nom : le vocabulaire officiel a basculé sur « plateforme agréée ». Nous détaillons ce choix dans notre article sur la plateforme agréée.
Le PPF est l'outil de l'administration. Annuaire et concentrateur. Vous ne vous y connectez pas pour facturer. La seule chose que vous puissiez y faire, c'est consulter l'annuaire, et nous y venons.
Chorus Pro est encore autre chose, et c'est là que le nom « portail public de facturation » survit vraiment. L'article L. 2192-5 du code de la commande publique définit toujours « une solution mutualisée, mise à disposition par l'État et dénommée "portail public de facturation" », qui permet le dépôt, la réception et la transmission des factures électroniques. Elle s'impose aux titulaires de marchés publics et à leurs sous-traitants payés directement. Si vous facturez une mairie ou un hôpital, vous connaissez déjà ce circuit, et il ne bouge pas. Le portail public existe donc, mais pour le secteur public, pas pour vos échanges entre entreprises.
L'annuaire, la seule porte que vous pouvez pousser
Voici la partie utile, et la seule action que vous puissiez mener vous-même sur un service public.
Le service de consultation de l'annuaire est ouvert depuis le 18 septembre 2025, en accès libre, sans compte ni mot de passe, à l'adresse facturation.chorus-pro.gouv.fr/annuaire. L'annonce officielle lui donne trois usages : « Vérifier si une entreprise est concernée par la réforme ; Identifier si elle a une plateforme de réception ; Connaître son adresse électronique de facturation. »
Lisez bien le deuxième. L'annonce officielle indique que l'annuaire renseigne, pour chaque entreprise, la plateforme agréée qui gère ses données. Les spécifications techniques précisent de leur côté que les identifiants de routage des plateformes ne sont pas exposés sur le portail public. Nous n'avons pas relevé l'écran nous-même, nous ne vous décrirons donc pas ce qui s'y affiche exactement.
Deux choses à savoir avant de chercher votre entreprise, et qui évitent un faux soulagement :
- Vous y êtes déjà, même si vous n'avez rien fait. À l'initialisation, une ligne par défaut a été créée pour chaque entreprise, à la maille SIREN, avec une plateforme fictive. Se trouver dans l'annuaire ne prouve donc rien. C'est le rattachement à une plateforme réelle qui compte.
- Vous ne vous inscrivez pas vous-même. C'est votre plateforme agréée qui vous déclare, après un accord formel. La foire aux questions de la DGFiP l'écrit : « Chaque entreprise doit signer un accord formel avec la ou les plateforme(s) agréée(s) choisie(s) désignée(s) pour la réception de ses factures électroniques dans l'annuaire de destinataires de factures géré par l'administration. » Aucune plateforme ne peut vous attribuer une ligne sans contrat signé.
Prêt à recevoir en septembre ?
Cochez ce qui est déjà réglé chez vous.
0 / 3 en place
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Le concentrateur : ce que l'administration verra, ni plus ni moins
Ne dramatisons pas, et ne minimisons pas non plus.
Ce n'est pas vous qui transmettez, c'est votre plateforme. Elle extrait les données réglementaires de chaque facture et les envoie au PPF, qui les contrôle puis les remet à l'administration fiscale. Le délai est court : vingt-quatre heures à compter du dépôt de la facture sur la plateforme, selon le décret codifié à l'annexe II du CGI.
Le contenu, lui, est limitatif et fixé par arrêté. Au démarrage, il s'agit d'une vingtaine de données d'identité, de dates, de montants par taux de TVA et de mentions fiscales. La nature de ce que vous vendez n'en fait pas partie. Ce point change au 1er septembre 2027 : neuf données s'ajoutent, dont la dénomination précise du bien ou du service, la quantité et le prix hors taxe de chaque ligne. Une réserve ici, car elle est réelle : le décret et l'arrêté ne disent pas encore la même chose, le premier excluant une dénomination que le second rend obligatoire en 2027. La contradiction n'est pas levée à ce jour.
Si vous vendez surtout à des particuliers, la remontée n'est pas vente par vente. Les données de transaction sont agrégées par jour d'activité, ce que les spécifications rapprochent explicitement d'un récapitulatif journalier de caisse. Nous avons pris ce volet par le détail dans le cas d'un commerce de proximité.
Quant à l'usage, l'administration l'écrit sans détour dans ses propres spécifications : recouper automatiquement pour réduire l'écart de TVA, et mieux connaître l'activité des entreprises. Le pré-remplissage de votre déclaration de TVA est annoncé comme objectif, pas comme un service en fonctionnement. Votre déclaration reste à faire.
La phrase qu'un vendeur de plateforme n'écrira pas
Les pages qui occupent le terrain du PPF appartiennent presque toutes à des éditeurs vendant leur propre plateforme, ou à des comparateurs rémunérés au contact. Ils disent souvent le vrai sur l'abandon du portail gratuit. Ils omettent en revanche une phrase, et vous comprendrez pourquoi en la lisant.
« Un changement de plateforme agréée est possible, à tout moment. » Foire aux questions de la DGFiP, « Je découvre la facturation électronique ».
Le choix de votre plateforme n'est donc pas la décision structurante qu'on vous présente. Il est réversible. Cela ne veut pas dire qu'il faut choisir n'importe quoi ni attendre, l'obligation de réception court depuis le 1er septembre 2026. Cela veut dire que la peur de se tromper n'est pas une raison de ne rien faire, et qu'un devis présenté comme un engagement irréversible mérite une question.
Nous pouvons écrire cette phrase parce que nous ne vendons aucune plateforme, n'en recommandons aucune nommément et ne touchons aucune commission sur celle que vous choisirez. La liste officielle des plateformes agréées est publiée sur impots.gouv.fr, et c'est là qu'il faut aller.
Ce qu'il faut faire cette semaine
- Arrêtez de chercher le guichet public. Il n'existe pas. Chaque heure passée dessus est perdue.
- Ouvrez l'annuaire et cherchez votre entreprise. Si aucune plateforme de réception n'y est indiquée pour vous, considérez que vous n'êtes pas raccordé, quelle que soit l'impression donnée par la présence de votre SIREN.
- Demandez d'abord à vos outils actuels. Logiciel de gestion, comptabilité, expert-comptable, banque : la plateforme agréée est souvent déjà incluse et il suffit de l'activer.
- Vérifiez vos trois principaux fournisseurs dans l'annuaire, ceux qui vous facturent le plus. Ce sont eux qui basculeront en premier.
- Faites confirmer par écrit l'adresse de réception déclarée pour vous, et gardez la date. Si vous n'êtes pas encore raccordé, cette trace compte : nous expliquons pourquoi dans ce que vous risquez vraiment.
Vous ne savez pas où vous en êtes, ou une page vous a laissé croire qu'un portail public suffirait ? Écrivez-nous ou appelez-nous : vingt minutes avec Jennifer, cofondatrice, sans engagement, pour situer ce qui est branché et ce qui manque. Si votre dossier ne justifie aucune intervention, nous vous le dirons aussi.