Un agent IA, ce sont deux machines : le programme qui tourne sur un serveur, et le modèle qui réfléchit ailleurs

Vous allez entendre cette phrase, et elle est souvent vraie : « nos serveurs sont en France ». Le problème n'est pas qu'elle soit fausse. C'est qu'elle répond à une autre question que celle que vous posiez.

Vous vouliez savoir qui peut lire ce que votre agent traite. On vous a répondu où se trouve le boîtier.

Un agent, ce sont deux machines

C'est la seule chose à retenir de cet article, et presque personne ne l'explique à un dirigeant de TPE.

La première machine fait tourner le programme. C'est elle qui se réveille à sept heures, qui va chercher les messages, qui range les fichiers, qui déclenche les tâches, qui garde la trace de ce qu'elle a fait. Elle est quelque part, sur un serveur que l'on peut nommer et localiser : le vôtre, celui de votre prestataire, celui d'un éditeur.

La deuxième machine réfléchit. Chaque fois que l'agent doit comprendre une phrase, trier une demande ou rédiger un brouillon, il envoie le texte à un modèle de langage, qui répond. Ce modèle ne tourne pas sur la première machine. Il tourne chez celui qui le fournit, sur son infrastructure à lui.

Les deux peuvent être à des milliers de kilomètres l'une de l'autre. C'est le cas le plus fréquent, y compris chez des prestataires parfaitement honnêtes.

D'où la phrase à ne plus accepter telle quelle. « Votre agent tourne en France » peut être exact pendant que chaque phrase qu'il analyse traverse un océan et revient. Les deux affirmations ne se contredisent pas. Elles ne parlent simplement pas de la même machine.

Ce que chacune détient, et ce n'est pas la même chose

La distinction devient concrète dès qu'on regarde ce que chaque machine possède réellement.

Le programme détient vos clés. Pour lire votre boîte de réception, un agent a besoin d'un accès à votre boîte. Pour déposer un fichier dans votre espace de travail, il a besoin d'un accès à cet espace. Ces accès sont stockés sur la machine qui fait tourner le programme. Quiconque a la main sur cette machine a, de fait, la main sur ces accès.

Le modèle reçoit vos phrases. Il ne garde pas vos clés, il n'a pas d'accès à vos outils. Mais il voit passer le contenu : le corps du courriel, le nom du client, le montant du devis, la description du chantier. Tout ce que l'agent lui soumet pour être compris.

Deux risques différents, deux questions différentes, deux réponses différentes. Un prestataire qui répond aux deux d'un seul « c'est en France » n'a répondu à aucune des deux.

Les trois configurations, et ce que chacune coûte

Il n'y en a pas trente-six. Voici les trois, avec leur revers, parce que chacune en a un.

Tout chez l'éditeur. Vous prenez un abonnement, vous cliquez, ça marche le jour même. Le programme tourne chez l'éditeur, le modèle aussi ou chez son fournisseur. C'est de loin le plus simple, et c'est un vrai argument quand vous êtes seul à gérer votre entreprise. Le revers : vous ne savez ce qui se passe qu'à travers ce que l'éditeur veut bien écrire, et le jour où vous partez, vous ne repartez généralement avec rien d'utilisable.

Le programme chez vous, le modèle chez un fournisseur. Le programme tourne sur une machine que vous ou votre prestataire contrôlez. Les clés y restent, les fichiers y restent, la trace de ce qui a été fait y reste. Seul le texte à comprendre part chez le fournisseur du modèle, et revient. C'est la configuration que nous utilisons pour notre propre agent, et celle que nous installons. Le revers : elle demande qu'une machine soit administrée, mise à jour et surveillée par quelqu'un. Cela ne se fait pas tout seul, et c'est exactement ce que recouvre la surveillance dont nous parlons sur la page agents IA.

Tout chez vous, modèle compris. Techniquement possible : il existe des modèles que l'on installe sur sa propre machine, et plus rien ne sort alors de chez vous. Le revers est double, et nous préférons le dire plutôt que de vendre du rêve souverain. Il faut du matériel, donc une dépense qui n'a rien à voir avec un abonnement mensuel. Et sur les tâches qui intéressent une TPE, comprendre un courriel mal écrit, rédiger un brouillon présentable, tenir un ton, les modèles installables restent en retrait de ceux que l'on appelle à distance. Cela peut changer. Ce n'est pas vrai aujourd'hui pour la plupart des usages dont nous parlons.

Les quatre réponses à obtenir par écrit

Touchez chaque question pour voir ce qu'une bonne réponse contient.

Une bonne réponse nomme la machine et son administrateur : votre serveur, celui du prestataire, celui d'un éditeur. Elle dit aussi qui d'autre y a un accès. C'est cette machine qui détient les clés de votre messagerie et de vos fichiers : sa sécurité est la vôtre. Une réponse qui reste au niveau du pays sans nommer l'exploitant n'est pas une réponse.

C'est la question que « nos serveurs sont en France » n'aborde jamais. Une bonne réponse nomme le fournisseur du modèle et le pays d'où il répond. Si le prestataire ne le sait pas, il ne maîtrise pas ce qu'il vous vend. Si le fournisseur est établi hors de l'Union européenne, l'envoi est un transfert de données, et il se documente dans votre registre des traitements.

Trois points, et ils se lisent dans le contrat, pas sur la page d'accueil : combien de temps le contenu est conservé, s'il sert à entraîner quoi que ce soit, et qui peut y accéder chez le fournisseur. Demandez la clause, pas le résumé commercial. Le régime n'est souvent pas le même selon l'offre souscrite chez un même fournisseur.

Exigez la liste écrite des accès détenus, et une procédure de retrait tenable en une journée. Vérifiez au passage deux choses : que l'agent utilise une adresse dédiée et non votre boîte principale, et qu'il n'a aucun droit d'envoi. Un accès en lecture qui fuit est un incident, un accès en écriture qui fuit parle en votre nom.

Ce que nous disons, et ce que nous refusons de dire

Notre agent tourne sur un serveur que nous administrons, et nous lui parlons par messagerie instantanée. Le modèle qu'il appelle pour réfléchir, lui, tourne chez son fournisseur.

Nous n'écrirons donc jamais sur ce site que vos données restent en France. Ce serait vrai du programme et faux du reste, et c'est précisément le genre de demi-phrase que nous reprochons à d'autres.

Ce que nous pouvons dire est plus étroit et plus utile. Nous savons nommer la machine sur laquelle le programme tourne. Nous savons nommer le fournisseur du modèle appelé. Nous savons quelles clés l'agent détient, et nous savons les retirer. Et nous écrivons ces trois choses dans le document que vous gardez, plutôt que sur une page de vente.

C'est aussi ce que demande la réglementation, dans un vocabulaire moins agréable. Dès qu'un agent traite des données concernant des personnes, vos clients, vos prospects, vos salariés, vous devez pouvoir dire qui les traite pour votre compte et où elles vont. Si le fournisseur du modèle est établi hors de l'Union européenne, l'envoi est un transfert, et il se documente. Ce n'est pas une case à cocher sur une page d'accueil, c'est une ligne dans votre registre des traitements. Nous détaillons l'obligation voisine, celle de maîtrise de l'IA, dans notre article sur l'article 4 de l'AI Act.

Le risque dont personne ne parle : les clés

Revenons à la première machine, parce que c'est là que se trouve le vrai danger, et il n'est ni juridique ni géographique.

Un agent utile a des accès. À votre messagerie, à votre espace de fichiers, parfois à votre outil de facturation. Chacun de ces accès est une clé, et ces clés valent exactement ce que vaut la machine qui les garde.

Trois règles que nous appliquons, et que vous pouvez exiger de n'importe quel prestataire.

Jamais la boîte principale. Un agent qui doit lire du courrier reçoit une adresse à lui, avec les droits strictement nécessaires. Pas la vôtre, pas celle de la comptabilité. Le jour où quelque chose se passe mal, on coupe une adresse, pas la vie de l'entreprise.

Jamais le droit d'envoyer. C'est la règle que nous n'assouplissons pour personne, et elle a une raison technique autant qu'éthique : un accès en lecture qui fuit est un incident, un accès en écriture qui fuit est une catastrophe qui parle en votre nom.

Une liste écrite, et une procédure pour retirer. Vous devez pouvoir demander la liste des accès détenus par l'agent, et obtenir qu'ils soient retirés en une journée. Si votre prestataire ne sait pas répondre à cette question, il ne sait pas ce que son agent détient.

Par où commencer

Vous n'avez pas besoin de comprendre l'infrastructure de qui que ce soit. Vous avez besoin de quatre réponses écrites, et vous pouvez les demander par courriel en trois minutes.

Où tourne le programme, et qui a la main sur cette machine. Quel modèle est appelé pour réfléchir, et où il tourne. Ce que devient le texte envoyé à ce modèle, combien de temps il est conservé, et s'il sert à autre chose qu'à vous répondre. Quelles clés l'agent détient aujourd'hui, et comment on les lui retire.

Un prestataire sérieux répond aux quatre sans se tortiller, et par écrit. Un prestataire qui répond aux quatre par « c'est hébergé en France » vous a montré quelque chose d'utile, mais pas ce que vous croyez.

Si vous voulez poser ces questions à propos d'un devis que vous avez déjà sur le bureau, appelez-nous. Vingt minutes avec Jennifer, cofondatrice. Si le prestataire en face répond correctement aux quatre, nous vous le dirons, et vous n'aurez pas besoin de nous.